Une organisation clandestine bien plus vaste qu’il n’y paraît

Les premières recherches ont rapidement montré que les maquis évoqués sur les stèles de la Drôme Nord n’étaient pas de simples groupes isolés cachés dans les collines.

Derrière les noms de Mabboux ou Bozambo apparaissait progressivement toute une organisation clandestine structurée : celle des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) dans la Drôme.

Les archives consultées révèlent une véritable hiérarchie militaire organisée en secteurs, compagnies et bataillons, où se croisent :

  • Armée Secrète (A.S.),
  • FTP,
  • réseaux Buckmaster,
  • agents de liaison,
  • parachutages alliés,
  • groupes de sabotage opérant le long de la vallée du Rhône.

Dans cette organisation apparaissent notamment :

  • le maquis de Bozambo, dirigé par Charles Lahmery,
  • le réseau Buckmaster – Jockey,
  • ainsi que plusieurs groupes actifs dans le secteur de Saint-Vallier, Hauterives, Ponsas ou encore Andancette.

Peu à peu, les simples noms gravés sur les stèles reprenaient place dans une structure résistante beaucoup plus vaste.


Des noms qui résistent encore aux archives

Au fil des recherches, une autre difficulté est rapidement apparue : retrouver les véritables identités derrière certains noms gravés sur les stèles.

Contrairement à l’image figée que peuvent donner les monuments commémoratifs, les archives de la Résistance révèlent une mémoire parfois fragmentaire, reconstruite après-guerre à partir de témoignages, de documents incomplets ou de souvenirs transmis oralement.

Certaines orthographes variaient selon les sources.
Ainsi, le nom de Roger Cronidas apparaissait parfois sous d’autres formes dans les documents consultés. D’autres résistants voyaient leur identité légèrement déformée au fil des retranscriptions administratives ou des archives locales.

Les pseudonymes compliquaient également les recherches. Comme beaucoup de groupes clandestins, les maquis de la Drôme Nord utilisaient des noms de guerre : Bozambo, Gabinus, Loulou ou encore d’autres surnoms apparaissant dans les documents FFI.

Peu à peu, les simples noms gravés dans la pierre reprenaient pourtant forme humaine.

Les recherches ont également montré que ces groupes rassemblaient des trajectoires très diverses.
Certains résistants étaient originaires de la Drôme ou de l’Isère voisine. D’autres venaient de Lyon, Marseille ou de la région parisienne. Parmi eux apparaissent aussi des hommes nés en Tunisie, en Algérie… et même un jeune radio britannique parachuté dans la Drôme durant l’été 1944.

À travers les archives FFI, les fiches « Mort pour la France », les dossiers du SHD ou encore les bases mémorielles, les stèles commençaient ainsi à révéler une histoire beaucoup plus vaste que celle d’un simple monument local.

Derrière chaque nom se dessinait progressivement une vie interrompue, parfois une famille entière marquée par la guerre, et dans certains cas des branches généalogiques brutalement arrêtées durant l’été 1944.


Le maquis Mabboux

Parmi les groupes évoqués dans les archives de la Drôme Nord, le maquis dirigé par Marius Mabboux apparaît comme l’un des plus actifs dans les opérations de sabotage menées durant l’été 1944.

Ancien sous-officier, né à Ugine en Savoie en 1902, Marius Mabboux dirigeait un groupe particulièrement engagé dans les actions menées le long de la vallée du Rhône. Les documents FFI consultés évoquent de nombreux sabotages ferroviaires, des attaques de convois allemands ainsi que plusieurs opérations menées contre les voies de communication stratégiques reliant Lyon à la vallée du Rhône et au sud de la France.

La ligne ferroviaire Lyon–Marseille et la RN7 deviennent alors des objectifs majeurs pour les maquisards. Dans cette région traversée par les convois allemands, les groupes résistants cherchent à ralentir les déplacements ennemis à l’approche de la Libération.

Les archives FFI mentionnent ainsi :

  • des destructions de voies ferrées,
  • des embuscades,
  • des attaques de véhicules allemands,
  • ainsi que plusieurs combats particulièrement violents dans le secteur de Ponsas, Serves-sur-Rhône, Andancette ou encore Saint-Vallier.

Autour de Mabboux apparaissent progressivement plusieurs noms retrouvés sur les stèles et dans les dossiers mémoriels : Marius Viboud, Roger Cronidas, Gaston Oriol, René Aubert ou encore René Pitrat.

Au fil des recherches, ces hommes cessent peu à peu d’être de simples noms gravés dans la pierre.

Les documents consultés permettent notamment de replacer certains d’entre eux dans les combats de l’été 1944.
Le 12 juillet 1944, dans le secteur d’Andancette et du Creux de la Thine, plusieurs maquisards du groupe Mabboux participent à des opérations de sabotage visant les infrastructures ferroviaires. Les affrontements avec les forces allemandes et la milice provoquent plusieurs morts au sein du groupe, parmi lesquels Marius Viboud et Roger Cronidas.

Quelques semaines plus tard, le 5 août 1944, la violence s’intensifie encore dans le secteur de Hauterives et de Beaurepaire. Les archives évoquent alors des combats, des captures et des exécutions touchant plusieurs très jeunes résistants du maquis.

À travers ces documents réapparaît progressivement une réalité souvent absente des monuments : derrière les actions de sabotage et les opérations clandestines se trouvaient avant tout de jeunes hommes engagés dans une guerre qui s’accélérait brutalement à l’été 1944.


Si le maquis Mabboux apparaît principalement dans les opérations de sabotage menées le long de la vallée du Rhône, d’autres groupes actifs dans la Drôme Nord étaient également liés à des réseaux clandestins beaucoup plus vastes.

Le maquis Bozambo et les réseaux clandestins alliés

 

Si le maquis Mabboux apparaît principalement dans les opérations de sabotage menées le long de la vallée du Rhône, d’autres groupes actifs dans la Drôme Nord étaient également liés à des réseaux clandestins beaucoup plus vastes.

À travers les archives FFI et les documents consultés au fil des recherches, le nom de Bozambo revient régulièrement dans l’organisation de l’Armée Secrète de la Drôme Nord.

Derrière ce pseudonyme se trouvait Charles André Lahmery, né à Lyon en 1921. Engagé très tôt dans la Résistance, Lahmery dirigeait l’un des groupes rattachés à l’A.S. dans le secteur nord de la Drôme. Contrairement à plusieurs jeunes résistants morts durant l’été 1944, il survivra à la guerre et décédera à Romans-sur-Isère en 2001.

Les archives permettent également de comprendre que ces groupes n’agissaient pas isolément. Derrière les maquis locaux apparaissent progressivement les réseaux clandestins alliés liés au SOE britannique et au réseau Buckmaster.

Dans l’organigramme FFI consulté au cours des recherches figurent notamment :

  • le réseau Buckmaster – Jockey,
  • des agents de liaison,
  • des groupes de parachutage,
  • ainsi que plusieurs pseudonymes utilisés dans la clandestinité.

Peu à peu, les stèles de la Drôme Nord ouvrent ainsi sur une histoire beaucoup plus vaste que celle d’un simple maquis rural.

Parmi les noms retrouvés apparaît également celui de Dennis Gardner, jeune radio britannique parachuté en France dans le cadre des opérations alliées menées en soutien aux maquis.

Âgé d’à peine vingt ans, Gardner faisait partie des équipes chargées d’assurer les liaisons radio clandestines avec Londres. Ces opérateurs jouaient un rôle essentiel dans l’organisation des parachutages, la transmission des informations et la coordination des opérations menées dans le sud-est de la France.

Les recherches ont permis de retrouver progressivement sa trace à travers plusieurs archives consacrées aux réseaux Buckmaster et aux missions alliées dans la Drôme.

Sa mort reste l’un des épisodes les plus tragiques de cette enquête mémorielle. En juin 1944, lors d’un parachutage dans la région, son parachute ne s’ouvre pas correctement. Le jeune opérateur britannique meurt avant même d’avoir réellement commencé sa mission auprès des groupes résistants locaux.

Derrière la mention discrète « Gardner – Angleterre » gravée sur une stèle de la Drôme se cachait ainsi le destin d’un jeune homme venu d’Angleterre pour participer à la lutte clandestine menée dans les collines drômoises.

À travers ces archives réapparaît toute la complexité des réseaux de Résistance durant l’été 1944 : des maquisards locaux, des jeunes réfractaires, des agents de liaison, des résistants venus d’autres régions françaises… mais aussi des opérateurs alliés parachutés depuis l’Angleterre afin de soutenir les combats menés dans la vallée du Rhône.

 
 
 

 

 

L’été 1944 : combats, captures et fusillades

 

À mesure que l’été 1944 avance, les archives changent progressivement de ton.

Aux organigrammes clandestins, aux pseudonymes et aux opérations de sabotage succèdent désormais les listes de morts, les captures, les disparitions et les exécutions.

Dans les secteurs de Hauterives, Beaurepaire, Andancette, Ponsas ou Saint-Vallier, la violence s’intensifie brutalement au cours des semaines précédant la Libération.

Les documents FFI consultés évoquent des embuscades, des sabotages ferroviaires, des combats contre les colonnes allemandes mais aussi des arrestations menées avec l’appui de la milice.

Le 12 juillet 1944, dans le secteur d’Andancette et du Creux de la Thine, les affrontements provoquent la mort de plusieurs résistants liés au maquis Mabboux, parmi lesquels Marius Viboud et Roger Cronidas.

Quelques semaines plus tard, le 5 août 1944 devient l’une des dates les plus tragiques retrouvées au fil des recherches.

À Hauterives, plusieurs très jeunes résistants sont capturés ou tués au cours des combats menés contre une colonne allemande progressant dans la région.

Parmi eux apparaissent :

  • René Aubert, né en 1926,
  • René Pitrat, né la même année à Lyon,
  • ainsi que Gaston Oriol, âgé d’à peine vingt ans.

Les archives évoquent des blessures, des captures, des exécutions et parfois des actes de torture avant la mort.

À travers les dossiers consultés, un détail revient constamment : la jeunesse de ces hommes.

Beaucoup n’avaient guère plus de vingt ans.
Certains étaient encore presque des adolescents lorsqu’ils rejoignirent les maquis de la Drôme Nord durant les derniers mois de l’Occupation.

D’autres résistants disparaissent ensuite dans les déportations ou les prisons allemandes.

Les archives mentionnent notamment plusieurs arrestations suivies de déportations, parfois avec très peu d’informations complémentaires. Derrière certaines lignes administratives ne subsistent aujourd’hui que quelques mentions éparses : « disparu », « mort en Allemagne », ou encore le nom d’un camp comme Buchenwald.

Au fil des recherches, une réalité apparaît progressivement : derrière les actions militaires et les opérations clandestines se cachent avant tout des trajectoires humaines brutalement interrompues durant l’été 1944.

Pour plusieurs de ces jeunes résistants, les archives retrouvées constituent parfois les seules traces encore visibles de leur existence.

 
 
 

 

 


Des branches familiales interrompues

Au fil des recherches, une autre réalité apparaît progressivement derrière les combats et les opérations clandestines : celle des familles interrompues par la guerre.

Beaucoup des résistants retrouvés dans les archives n’avaient guère plus de vingt ans. Certains étaient encore célibataires au moment de leur mort. D’autres n’ont laissé derrière eux qu’une fiche « Mort pour la France », quelques lignes dans un dossier FFI ou un nom gravé sur une stèle oubliée.

Pour plusieurs d’entre eux, les recherches généalogiques deviennent ensuite presque silencieuses après 1944. Les archives se referment brutalement. Certaines branches familiales semblent s’interrompre presque immédiatement après la guerre.

Derrière les sabotages, les combats et les réseaux clandestins apparaissent alors non seulement des résistants, mais aussi des fils, des frères, parfois les derniers représentants d’une lignée familiale brusquement arrêtée durant l’été 1944.


Quand les stèles recommencent à parler

Au début de cette enquête, ces stèles apparaissaient simplement comme des monuments oubliés au bord des routes et des chemins de la Drôme Nord.

Quelques noms gravés dans la pierre.
Quelques dates.
Parfois seulement une mention devenue presque illisible avec le temps.

Les archives consultées au fil des recherches ont progressivement redonné des visages, des âges et parfois quelques fragments de vie à ces hommes engagés dans les maquis de la Drôme durant l’été 1944.

Derrière les pseudonymes, les organigrammes FFI et les rapports militaires réapparaissent peu à peu :

  • de très jeunes résistants,
  • des agents clandestins,
  • des hommes venus de la Drôme, de Lyon, d’Angleterre ou d’ailleurs,
  • mais aussi des familles parfois brutalement interrompues par la guerre.

Aujourd’hui, les paysages traversés entre Hauterives, Beaurepaire, Andancette ou Saint-Vallier semblent redevenus silencieux.

Pourtant, au détour d’un chemin, d’une route ou d’un monument oublié, quelques pierres continuent encore de porter ces noms.

Et tant que ces archives pourront être relues, ces stèles continueront peut-être, elles aussi, à parler.


Sources et archives consultées

  • Mémoire des Hommes
  • SHD
  • Maitron
  • Archives FFI Drôme
  • Fondation de la Résistance
  • Réseaux Buckmaster
  • Musée de la Résistance en ligne
  • documents AS Drôme Nord
  • archives et stèles locales photographiées sur place
  • etc.